Juin 1832 : La Bourine et la menace Auriol
Avec la publication de leurs observations (juste à droite, regardez et tapez "1832" dans l'encadré "Recherche"), les syndics de La Bourine et autres quartiers ont frappé un grand coup contre Auriol qui a senti le vent du boulet. Aussi, face au danger, la commune décide-t-elle d’intervenir tout de suite auprès du préfet des Bouches-du-Rhône qui vient de transmettre le dossier d’enquête au président du Conseil général du département. La démission du Conseil municipal d’Auriol est alors mise dans la balance.
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La Bouilladisse. La Mairie et l’église
« Monsieur le Préfet,
« Les maire, adjoints et membres du Conseil municipal de la ville d’Auriol, soussignés,
« Sur la connaissance qu’ils viennent d’avoir du vœu émis par les membres du Conseil d’arrondissement de Marseille dans sa séance du 23 mai tendant à ce que divers hameaux et quartiers du territoire d’Auriol en soient démembrés pour être érigés en commune,
« Déclarent : que ne pouvant plus compter dès aujourd’hui sur cette influence morale qui fait l’insigne force des administrations municipales, il ne leur est plus possible de continuer l’exercice des fonctions qui leur avaient été dévolues par leurs concitoyens par suite de cette décision du Conseil d’arrondissement. Que ces derniers, avec juste raison ne peuvent l’expliquer qu’en l’imputant au peu de zèle de l’autorité municipale dans cette affaire ou à une connivence avec les adversaires même de la Commune ».
Dénonciation d’une démarche partisane
« Déjà, la commune d’Auriol avait à se plaindre de la marche plus que partiale suivie jusqu’à ce jour dans la question du canton, question qui n’en est pas une pour quiconque a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.
« On semble n’avoir assez fait contre elle, on veut pousser l’humiliation jusques à son comble, on se plaît à l’abreuver de dégoût, en donnant gain de cause à quelques agriculteurs simples et ignorants, poussés par quelques intrigants déhontés d’une commune voisine, envieuse de la prospérité de notre commune et intéressée à en diminuer l’importance !
« Ainsi, en 1832, deux ans après cette grande régénération sociale annoncée comme le terme de tous les abus et dont l’un des principaux bienfaits devait être que désormais, justice s’obtiendrait sans le secours de la faveur, des visites et de l’intrigue, il sera dit qu’une commune qui a la centralité pour elle, ayant une population plus forte que celle des cinq autres communes réunies du canton n’a pu obtenir le siège de la justice de paix, seul et unique exemple de voir qu’une ville de 5.320 habitants, la 9e du Département, qui a un commissaire de police, ne soit pas chef-lieu de canton ! Et encore, pour l’intérêt d’une commune qui à peine renferme 2.800 âmes et qui ne peut compter agglomérée de 1.500 habitants. »
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Auriol. Vue générale
« Il sera dit que son territoire sera acculé jusques aux portes de la ville, à cinq minutes de distance et que les citadins propriétaires de cette nouvelle commune, seront obligés de se rendre auprès des propriétaires campagnards qui trouvent eux-mêmes si pénible et si gênant de se rendre à Auriol.
Remarques.
Comprenez la colère du maire d’Auriol. Non seulement le chef-lieu de canton a été refusé à sa commune mais le conseil de l’arrondissement de Marseille vient de se prononcer en faveur du « démembrement », « poussé par les intrigants d’une commune voisine » non désignée ; entendez : Roquevaire. Pourtant, le maire d’Auriol espérait beaucoup du changement politique intervenu en 1830 avec le renversement du roi de France Charles X. Mais, qu’en est-il « en 1832, deux ans après la grande régénération sociale annoncée comme le terme de tous les abus » ? Car, il faut le souligner, François RABIER n’a pas hésité à prendre parti au lendemain des Trois Glorieuses. Lui, le Libéral, est même intervenu auprès du nouveau préfet des Bouches-du-Rhône nommé par Louis-Philippe Ier roi des Français, en l’appelant à soutenir Jacques GARCIN, candidat à la mairie de Peypin contre le conservateur Jean-Baptiste SAMAT (cf. Il était une fois … La Destrousse). Le changement tant attendu à la tête du pays n’a donc rien changé ? Selon lui, l’injustice est plus criante que jamais. Aussi, poursuit-il sa diatribe véhémente :
Des attaques personnelles
« Il sera dit : que quelques esprits turbulents, s’étant un jour imaginé de faire une commune là où la chose est matériellement impossible, il s’est trouvé un homme qui, chargé de voir et d’examiner les lieux, avait déjà son opinion formée qui, bien loin d’avoir le bon esprit de se désister d’une mission qui, dès le principe, nous a inspiré la plus juste méfiance, ainsi qu’on le lui a dit en face, a, au contraire, osé écrire et certifier qu’il y avait possibilité, qu’il y avait justice dans une pareille demande, et d’autres hommes qui, sans avoir vu, et sur l’opinion, probablement de ce premier, ont émis le vœu qu’il devait être suivi !
« Il sera dit encore : que par des manœuvres que quelques-uns peuvent appeler habiles et que nous flétrissons, plus justement d’infâmes, un maire d’une commune rivale ose se proclamer le principal auteur de cette intrigue en faisant accroire à des gens simples qu’il serait très utile pour eux de se séparer de nous, en leur faisant un pompeux étalage des avantages qu’ils retireraient de cette séparation, , en leur promettant son appui et celui de ses amis, en leur rédigeant jusqu’à des pétitions, en les empêchant de réagir à la concession d’ériger leur chapelle en succursale comme si toutes ces demandes ne décelaient pas que ce maire travaille bien plutôt dans l’intérêt de sa propre commune que dans celui qu’il fait semblant de protéger d’une manière si basse et si peu convenable à son caractère de fonctionnaire ! »
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Les Matelots. « Le 5 juillet 1846, Jean-Antoine LONG dit Matelot, propriétaire à Font de Branque, fut l’un des 70 qui s’opposèrent à la division de la commune de Peypin pour en établir une à La Destrousse » (Il était une fois… La Destrousse – Ouvrage collectif. Mairie de La Destrousse, Editions Patrimoine Découverte, décembre 2012)
« Il sera dit enfin : qu’on formera une commune malgré l’opposition de la majorité des habitants et qu’on y englobera même trois ou quatre quartiers qui, tous en masse, déclarent ne pas vouloir en faire partie et tout cela se fera parce qu’il aura plu à un délégué de M le Préfet de consigner dans un rapport qu’il a tout vu et examiné avec soin et constance et qu’il n’a même pas vu que l’adhésion du plus grand nombre des habitants était l’effet d’une véritable terreur imprimée par un Blaise NOUVEAU et un LONG dit Matelot, hommes en quelque sorte étrangers à cette nouvelle commune ».
Remarques.
On le voit, le Maire et les signataires du conseil municipal d’Auriol ont (faute de mieux ?) repris leurs attaques virulentes contre l’enquêteur « qui avait déjà son opinion formée », « quelques esprits turbulents » non nommés, ainsi que Blaise NOUVEAU et un certain LONG dit Matelot, sans toutefois apporter d’arguments supplémentaires. Les signataires de la lettre vont alors en terminer en brandissant la menace d’alerter la Presse, la Chambre des députés des départements et le public (pas le peuple !). François RABIER va surtout mettre dans la balance sa propre démission avec celle de ses conseillers municipaux. La manœuvre est particulièrement habile car nommé par le préfet lui-même, (c’est nouveau !) le premier magistrat d’Auriol va obliger le représentant de l’Etat à prendre officiellement position pour ou contre lui.
« Monsieur le Préfet, ne pouvant plus compter sur la justice de la plupart de nos juges naturels, désormais la Presse, les Chambres et le public, seront les seuls tribunaux devant lesquels nous plaiderons notre cause. Mais en attendant, les soussignés ne peuvent répondre à tant d’absurdité, à une erreur si choquante si monstrueuse et si incompréhensible que par une démission prompte et inébranlable qu’ils vous prient, Monsieur le Préfet, de faire parvenir dans le plus bref délai à l’autorité compétente.
« Nous avons l’honneur d’être, avec une haute considération, Monsieur le Préfet, vos très humbles et très obéissants serviteurs. François RABIER, Maire, AUBANEL, adjoint, SIMON, adjoint, Pierre TAXIL, Baptiste GUIGOU, MICHEL, VELIN, Antoine Jean-Baptiste GUIGOU, ARNAUD, ALBANES, GUIS, BOSQ, CHAFFARD, Michel MAUNIER, BOSQ, L. GRIMAUD, PERRIER, ROBE Fils, GASTAUD ».
Article MG (c) HPHM Juin 2026.
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